Avec Suda 51, les joueurs sont prévenus, ici pas de militaire en vadrouille, ni de barbare en fourrure. Non, avec ce studio, les joueurs doivent savoir, qu’ils ne peuvent pas savoir à quoi s’attendre. Après les délirants No More Heroes et Shadow Of The Damned, Grasshopper Manufacture poursuit dans la même lignée du grand délire. Tuez des zombies, c’est une activité à la mode, et on admettra que l’usage de la tronçonneuse n’étonne plus les joueurs depuis quelques années. Mais avec Suda 51, le choix de l'héroïne fait déjà déraper ce tableau trop bien encadré. Le délire ambiant suffit-il à faire un jeu délirant, malheureusement pas autant que prévu.
l’art du coupé - décalé
Dans Lollipop Chainsaw vous incarnez une tueuse de zombies, mais attention Juliet Starling est aussi Pom Pom Girl, capitaine de l’équipe pour être plus précis. C’est le matin de son anniversaire et alors qu’elle se rend à un rendez-vous avec Nick son petit ami, son lycée est attaqué par des zombies. Pire, le pauvre Nick est mordu sous ses yeux et Juliet décide alors de couper la mauvaise herbe à la racine, en gardant uniquement la tête de l’infortuné fiancé. Aussi furieuse de cet épisode que de voir son anniversaire gâché, notre lolita héroïque va se frayer un chemin plein de cœurs et d’arcs en ciel pour se venger du responsable de tout ce bazar. Lollipop Chainsaw mélange donc les éléments traditionnels du Teen Movie et du Slasher Movie. Mais le mélange ne serait pas aussi farfelu (le film Scream a déjà utilisé le ressort de la parodie depuis longtemps) si le jeu n’empilait pas d’autres éléments complètement loufoques.
Le graphisme du jeu est un exemple parfait de cet art du mélange audacieux. Si Lollipo Chainsaw affiche un Cell Shading convaincant (qui fait aussi office de cache misère technique soyons lucides), les menus du jeu sont illustrés comme des pages de Comic book des années 50, la trame colorée en bonus. La bande son elle aussi alterne le tout et n’importe quoi pour un résultat qui ne peut laisser indifférent. Chaque niveau possède d’ailleurs sa propre ambiance musicale très marquée entre Atari Teenage Riot, Skrillex ou encore le remix de Pac-Man Fever ! Par Buckner & Garcia. Tous ont en commun d’être en total décalage avec la chanson délicieusement 50’s de The Chordettes qui rythme les menus. Ce décalage permanent, cette utilisation débridée des genres donne tout son cachet au jeu. Difficile de ne pas sourire quand on découpe du zombie au volant d’une moissonneuse batteuse en écoutant You Spin Me Round de Dead or Alive !
Plaisir coupable
Le gameplay est en revanche beaucoup moins réjouissant et Lollipop Chainsaw ne se révèle beaucoup moins audacieux d’un point de vue ludique que d’un point de vue créatif. Le jeu prend en effet la forme d’un Beat them All ultra classique découpée en niveaux qui sont eux-mêmes découpés de manière trop prononcée en zones fermées. Le rythme du jeu est donc inlassablement le même, trancher du zombie en toute légèreté. Heureusement les coups sont violents à souhaits et la maniabilité très simple à prendre en main. Même constat pour les dialogues complètement hilarants (et souvent vulgaires) entre Nick et Juliet et quelques séquences de jeu frisant l’absurde (les matchs de base-ball et de basket) qui poussent le joueur à progresser encore et encore. Toutefois, le jeu a beau enrober ses combats brutaux avec des paillettes (ici les attaques rapides se font à coup de pompoms !), des cœurs et même des arcs en ciel, au final on fait toujours la même chose. Si l’ambiance iconoclaste du jeu suffit à porter le joueur, il faut reconnaître que sa jouabilité est en revanche beaucoup plus conservatrice. La structure des niveaux surtout déçoit avec sa succession à peine dissimulée d’arènes à nettoyer pour progresser et vous en aurez vite assez de devoir trancher une porte ou un tronc d’arbre dans un mini QTE utilisé pour masquer un temps de chargement.
La variété des coups n’est pas le point fort du jeu et si l’on peut débloquer plusieurs combos en se rendant dans les magasins parsemés dans les niveaux, on se retrouve là encore à utiliser en boucle les mêmes enchaînements les plus efficaces. On préférera donc économiser ses pièces pour acheter de nouveaux costumes à notre juliet érotico-héroïque. Là encore, l’humour série Z et le mauvais goût ne sont jamais loin, vous voilà prévenus, mais l’ensemble est à ce point délirant que l’on ne peut envisager un seul aspect de Lollipop Chainsaw avec le sérieux du premier degré. Les Boss du jeu sont l’ultime emblème de cette ambiance fourre-tout mais surtout rentre-dedans puisque sur son périple, notre Juliet va devoir affronter plusieurs chefs zombies qui incarnent différents courants musicaux, entre le punk et la baba cool, le fan de Funk qui parle en utilisant uniquement un vocoder restera dans les mémoires ! Ces mêmes boss seront l’occasion de séquences un peu plus élaborées où on alterne combat classique et QTE là encore très simple, mais souvent hilarants.
test écrit par francoishb
Graphismes
6.5 / 10Le Cell Shading est efficace mais les environnement sont vides et les textures un peu pauvres. La direction artistique débridée ne laisse pas indifférent.
Jouabilité
7 / 10Un Beat Them All très classique, pas de combinaisons de touches élaborées, juste le plaisir simple de marteler les boutons et découper du zombie. Quelques séquences originales viennent relever le tout.
Son
8 / 10La bande son est un joyeux mélange de titre improbables, les dialogues sont parfois hilarants même si on évite pas une dose de graveleux par moments.
Durée de vie
5 / 10Comptez à peine 5 heures pour finir le jeu. Il reste ensuite un mode défi et des élèves à sauver pour découvrir la vraie fin du jeu.
Fun
7 / 10Le plaisir coupable dans toute sa splendeur. Malgré un level design paresseux et gameplay presque simpliste on prend son pied avec Juliet