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Dante's Inferno

Dante's Inferno

publié le 3 février 2010
  • 04/02/2010
  • 05/02/2010

La Xbox 360 détient enfin son God of War ! Les surprises de ce début d’année 2010 s’enchainent et c’est au tour d’Electronic Arts de faire bonne figure. L’éditeur signe en effet une production de qualité – fruit de sa seconde collaboration avec le studio Visceral Games (Dead Space) – qui n’apporte certes rien d’innovant, mais qui a le mérite de reprendre les ingrédients nécessaires au succès. A la limite du sacrilège et à deux doigts de déclencher la fureur de Dieu, Dante’s Inferno est une adaptation du poème de Dante Alighieri intitulé « La Divine Comédie », dans laquelle ce personnage épique parcoure les neuf cercles de l’Enfer pour sauver l’âme de sa bien-aimée Béatrice. Un voyage qu’il ne fera pas seul : allez en enfer !

Il faut bien admettre que Dante’s Inferno est un véritable coup de pub pour l’œuvre qui l’a inspiré. L’Enfer est un sujet vaste exploité dans bien des films et des livres, récents ou anciens, et c’est un thème qui semble ne pas avoir de finalité. C’est certainement l’une des raisons pour laquelle il attire tant l’esprit humain, qui ne peut s’empêcher d’affabuler et de fantasmer sur les créatures et les règles qui le régissent. Un fait que le duo EA / Visceral Games a bien enregistré, alors la question qu’ils se sont posés est la suivante : pourquoi ne pas créer un jeu vidéo inspiré d’un poème ancien et mystérieux, dont la trame scénaristique pourrait servir de base à un background épique et haletant ? Mention adoptée à l’unanimité et c’est ainsi que naît Dante’s Inferno, effectivement inspiré de « La Divine Comédie » d’Alighieri mais qui au final n’en reprend que certains éléments géographiques et certains termes techniques. Qu’importe, puisque l’aventure est prenante grâce à une ambiance du tonnerre de Dieu (si je puis me permettre), et un gameplay pompé en grande partie à un ténor du milieu : God of War. Le résultat obtenu est étonnamment jouissif, entraînant le joueur dans une facette de l’Enfer où mythologie et gigantisme s’emboitent parfaitement.

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Les créateurs de Dead Space ont en effet misé sur une valeur sûre, à savoir les quelques dizaines de millions qu’a généré la franchise God of War sur la console de Sony. Difficile de ne pas faire le comparatif tellement les titres se ressemblent : du beat’em all à la testostérone, dans lesquels le héros massacre les ennemis à coups de QTE sanglantes et provocatrices. Dante’s Inferno donne néanmoins le sentiment de faire un peu plus dans la dentelle, concernant notamment son histoire, basée sur le sentiment le plus noble que l’homme puisse ressentir : l’amour. Rentrant de croisade, Dante découvre avec horreur que sa famille a été assassinée. Sa femme, la somptueuse Béatrice, est emmenée en Enfer par un démon sous ses yeux. Incompréhensible pour lui, qui dans un excès de fureur s’empresse de défier la Mort elle-même pour exiger le salut de sa bien-aimée. Pour l’obtenir, Dante est condamné à traverser les neuf cercles de l’Enfer (à commencer par les limbes) pour arriver à Lucifer lui-même, ultime rempart qui le sépare de son épouse. Il est amené à rencontrer bien rapidement Virgile, célèbre poète latin du premier siècle avant Jésus Christ, qui lui sert de guide en ces lieux immémoriaux. Armé de la Sainte-Croix que lui a laissé Béatrice et de la Faux prise à la Mort, le joueur se lance ainsi à la poursuite du Malin dans une aventure aussi épique qu’intense, qui malheureusement ne dépasse pas la dizaine d’heures de jeu.

Cette intensité, sentiment subjectif avant tout, détermine bien souvent la valeur d’un jeu aux yeux de son propriétaire. Dans le cas présent, c’est l’atmosphère accouplée au level-design qui ne laisse aucun répit au joueur. La bande son, composée par Garry Schyman (récompensé entre autres pour son travail sur BioShock), est d’une qualité inouïe et traduit parfaitement les tableaux rencontrés par Dante. Rares sont ainsi les moments où le silence règne et où l’on entend deux fois le même morceau. Véritable orchestre symphonique au service du joueur, qui se retrouve absorbé alors qu’il explore le Royaume des Morts. Ce dernier aura d’ailleurs rarement été aussi « bien » traduit en images : son atmosphère malsaine et déjantée, associée à tout ce qu’il y a de plus cruel et viscéral, vous prend par les tripes et donne un reflet de ce que l’imagination des développeurs est capable de produire de plus brut. Rangées de cadavres faisant office d’échelle, anus muraux cracheurs de flamme, murs d’âmes damnées qui hurlent leur souffrance ; autant d’éléments qui donnent une image cruellement juste de ce que pourrait être notre propre représentation de l’Enfer. Des décors eux aussi propres à chaque cercle, qui mériteraient au final une récompense : celle de réussir à emmener le joueur dans un endroit horrible, où la folie semble avoir altéré chaque centimètre carré.

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Les boss vont de paire avec les environnements, tout aussi gigantesques et malsains. La Luxure : une femme à la taille d’ogre – dont les tétons crachent des nourrissons dotés de lames à la place des bras – et le Ver Cerbère à trois têtes, ne sont qu’un avant-goût du bestiaire qui compose le monde souterrain. Les traditionnels démons, créatures à deux faces – qui vous donneront le tournis – et autres dérivés du Minotaure (parfois énormes et contrôlables) assurent le reste du spectacle. Ne soyez également pas surpris de découvrir les Tentatrices, qui écarteront leurs cuisses pour laisser passer un tentacule géant, plutôt meurtrier. Les personnages non jouables sont quant à eux pour la quasi-totalité tirés de la mythologie, et certains noms connus comme Ponce Pilate ou Orphée renforcent l’immersion. Toujours est-il que les armes en votre possession ne sont pas tous les moyens dont vous disposez pour faire face aux Enfers. Dans la pratique, un bon coup de Faux bien placé et une onde de lumière divine envoyée par la Sainte-Croix sont efficaces contre les premiers venus et vous permettent de récupérer leurs âmes. Ces dernières font office de monnaie d’échange contre des améliorations et de nouvelles capacités, divisées elles-mêmes en deux catégories : Sacré et Impie. Avant d’envoyer un ennemi ad patres, vous pouvez le saisir et choisir de l’absoudre en utilisant votre Croix ; ou bien de le punir à l’aide de votre Faux. En fonction de votre décision vous récoltez le type de points correspondant. Collecter des points vous aide à gagner des niveaux dans la catégorie de votre arme (Sacré pour la Sainte-Croix et Impie pour la Faux), pour ensuite acheter lesdites améliorations avec vos âmes.

Au final, vous pouvez personnaliser les compétences de Dante en fonction de votre façon de jouer, tout en débloquant de nouvelles capacités en utilisant des reliques. Là encore, deux types de reliques (les mêmes), qui vous procurent par exemple une régénération – de santé ou de magie – à chaque attaque réussie, des dommages accrus ou encore une plus forte probabilité d’éviter un coup. Les PNJ énoncés précédemment sont également un bon moyen d’augmenter son capital « âmes », puisqu’il vous est demandé de décider de leur sort : Punir ou Absoudre. Généralement, les absoudre débloque une quantité d’âmes plus importante que de les punir, que l’on obtient après avoir passé un mini-jeu dans lequel les péchés commis par la figure historique s’avancent vers les quatre symboles d’une croix, chacun représentant une touche de la manette. En appuyant dans le bon tempo sur la touche correspondante, un multiplicateur se déclenche et vous gratifie de plus d’âmes. Un peu répétitif à la longue, ce mini-jeu n’est en fait qu’une manière de varier le gameplay, qui souffre malheureusement d’un manque d’ambition. Cette fausse impression d’évolution saute aux yeux en cours de jeu, alors que l’on se rend compte qu’à aucun moment la difficulté n’augmente (manière qui pourrait nous obliger à utiliser de nouvelles combinaisons), mais que c’est simplement le nombre d’ennemis qui est multiplié. Débuter en difficulté Fanatique ne devrait pour ainsi dire pas vous poser le moindre problème, aussi je vous conseille de passer par le chemin le plus accru dès votre première partie. Les phases de combat sont entrecoupées par de la plateforme pure et dure : l’on grimpe aux murs, déplace des gros objets et résout des mini-puzzles pour accéder aux niveaux suivants.

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Côté visuel enfin, le constat est plutôt positif malgré quelques inégalités. Chaque partie de l’Enfer a son propre design, allant de la quantité faramineuse d’images à caractère sexuel dans la Luxure jusqu’au cercle de la Gourmandise, qui n’est autre qu’une fonderie d’or géante. Les décors et leur diversité frappent, tout en conservant une fluidité à toute épreuve. La caméra fixe dérange au début, mais l’on s’y fait rapidement surtout que, une fois lancé, le jeu n’a plus aucun écran de chargement. Accomplie une première fois, l’aventure en solo n’a pas grand intérêt à être rejouée, ce qui montre la faiblesse du titre en terme de durée de vie. Ce ne sont malheureusement pas la sorte de mode Survivor que l’on débloque à la fin du jeu, ni la possibilité de le recommencer avec votre niveau de compétence de fin qui vous retiendront plus longtemps. Sachez néanmoins qu’un premier contenu additionnel sera mis en ligne d’ici quelques jours. Le Martyre de Sainte Lucie proposera entre autres un mode coopération et un éditeur de niveau, qui on l’espère seront à la hauteur de nos attentes. Car loin d’être un mauvais jeu, Dante’s Inferno aurait sans doute eu besoin d’un peu plus de contenu pour frôler l’excellence.

test écrit par Florian


  • Graphismes

    8 / 10

    Le level design très réussi, les environnements variés - bien que dans la même gamme de couleurs - et le bestiaire font que l'on se retrouve dans le meilleur Enfer qui n'ait jamais été modélisé dans un jeu vidéo ! Seule la caméra fixe peut déranger.

  • Jouabilité

    7 / 10

    De belles idées qui malheureusement ne sont pas exploitées de la meilleure des façons. La faute à une difficulté pas assez prononcée. Des soucis de perspective dû à la caméra fixe pourront également être source de frustration.

  • Son

    8 / 10

    Une bande originale de très bonne qualité et des bruitages à faire froid dans le dos signent ici une très bonne ambiance sonore. Bémol pour les voix françaises, qui encore une fois manquent cruellement d'implication.

  • Durée de vie

    6 / 10

    Le point faible de Dante's Inferno. L'aventure se boucle en moins de dix heures et la rejouabilité est quasi inexistante.

  • Fun

    7 / 10

    Tuer des démons avec notre arsenal est extrêmement jouissif. Les problèmes de caméra lors de certaines phases de plateformes viendront néanmoins interrompre ce plaisir pour laisser place à de la frustration meurtrière.

• L'ambiance, unique.
• Le voyage en Enfer.
• La bande son !

• Pas d'innovations.
• La VF, encore une fois bâclée.
• Des soucis de perspective.

7.5 / 10

Verdict

Dante's Inferno n'apporte certes rien de nouveau au monde du jeu vidéo, mais il a le mérite d'emporter le joueur dans un voyage auquel nul être humain ne voudrait participer : celui qui le conduit dans le cœur des Enfers. Mise à part quelques approximations au niveau de la jouabilité, mal exploitée, le titre de Visceral Games peut sans mal décrocher la palme du God of War de la Xbox 360. Grâce à une réalisation dantesque et à un fun (presque) omniprésent, il réussit à séduire le joueur de bout en bout. Malheureusement, l'aventure est bien courte et payer le prix fort pour une petite dizaine d'heures de jeu sans réelle rejouabilité pourra en refroidir certains. Néanmoins, la démo sur le Xbox Live est là pour vous initier à Dante's Inferno qui, s'il ne vous aura pas séduit, aura eu le mérite de vous avoir envoyé en Enfer !

- / 10

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7.5 / 10
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