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Spécial 360

Premières impressions sur Spec Ops : The Line | le 07 février 2012 à 8h55, par

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2K Games nous a récemment conviés à une découverte de leur prochain TPS militaire, Spec Ops : The Line. Manette en main, nous incarnons le Capitaine Walker dans une ville de Dubaï ravagée par les affres d’une tempête de sable. Sous la direction de François Coulon, le créateur de Splinter Cell, ce TPS militaire armé jusqu’aux dents devient un jeu dont les ambitions narratives risquent de bousculer plus d’un joueur. Prêt pour une plongée au cœur des ténèbres ?Je ne vois que le soleil et le sable qui poudroientDubaï la majestueuse n’est plus. Une gigantesque tempête de sable a recouvert la ville qui a désormais sombré dans le chaos. Les survivants sont isolés du reste du monde. Le Colonel John Conrad et son régiment se sont portés volontaires pour aider à évacuer les civils. Depuis des mois les autorités étaient sans nouvelles de Conrad, mais un message radio énigmatique a été intercepté récemment. L’armée a alors décider d’envoyer en reconnaissance une escouade Delta pour infiltrer la ville. Les trois hommes sont dirigés par le capitaine walker, le soldat que vous allez incarner. Mais avant d’arpenter les rues et les ruines de Dubaï, Spec Ops : The Line nous assène une ouverture en fanfare avec une séquence de combat spectaculaire à bord d’un hélicoptère. Mise en scène soignée, technique irréprochable, cette introduction donne le La d’une composition maîtrisée et rythmée par le feu de l’action. A peine remis de nos émotions, désormais à pied, nous approchons de la ville dans un décor de fin du monde où s’entasse sans logique mais avec un souci de réalisme évident les véhicules, les ruines et une foule d’objets du quotidien renversés par la tempête de sable. Le ciel est bleu, les couleurs du désert chaudes, Spec Ops : The Line prouve que l’on peut utiliser le moteur Unreal et faire du militaire sans passer par une palette de gris et de vert.
Spec Ops : The Line - 5 Spec Ops : The Line - 4
Qui dit TPS (pour Third Personn Shooter) militaire dit système de couverture, et celui de Spec Ops : The Line est très fluide et bien pensé puisqu’on utilise A pour se mettre à couvert derrière un élément du décor et B pour en sortir. De même, le maniement des armes est calibré avec précision tout comme la course qui use et abuse d’effets de caméra épaule désormais incontournables. Le titre de Yager Studios propose donc un gameplay certes rôdé mais efficace, le tout porté par une ambiance unique. Vos deux coéquipiers participent activement à cette ambiance puisque lors des combats, ils se manifestent régulièrement et approuvent ou non vos choix. Heureusement pour vous, ils restent des soldats d’élite qui obéiront à vos ordres. D’ailleurs, le jeu ne propose pas de micro management de vos équipiers et seule une commande de tir de suppression (accessible via RB) apparaît lorsque vous êtes trop longtemps immobilisé par des ennemis. Une manière très fluide de ne pas trop frustrer le joueur lors de certains passages, même s’il ne s’agit pas d’une solution à tous vos problèmes. Car dans Spec Ops : The Line, le joueur aura souvent l’impression de pouvoir éviter les combats et dès notre première rencontre avec des survivants on est pris à la gorge dans une scène critique où la tension est palpable. Et il ne s’agit pas d’une cinématique, le joueur garde le contrôle. Comme le dit François Coulon : dans le jeu vidéo « on peut raconter différemment ». Et ici, selon les joueurs, la situation ne sera pas vécue de la même manière selon votre sensibilité sur la gâchette. De là à penser que l’on peut éviter le combat, rien n’est moins sûr, mais je vous en laisse la surprise.La ligne rougeLe premier niveau du jeu nous fait parcourir une autoroute dévastée, nous progressons d’épaves en épaves pour explorer une carcasse d’avion où se sont retranchés des preneurs d’otages. Tous les ingrédients du TPS classique et efficace sont réunis et bien plus encore car le jeu a pour ambition de vous plonger dans une aventure très sombre et même éprouvante. Vos équipiers évolueront physiquement mais aussi psychologiquement, leurs visages et leurs consciences marquées au fer rouge par les situations que vous allez affronter. Si l’intro spectaculaire évoquera celle de Modern Warfare 3 à certains, elle rappellera Apocalypse Now à beaucoup d’autres. Les créateurs du jeu ne s’en cachent pas et les références subtiles se multiplient puisque le colonel Conrad que l’on doit sauver partage le même nom que l’auteur du roman « Au cœur des Ténèbres », celui-là même qui a inspiré à Coppola le film Apocalypse Now. Les citations ne s’arrêtent pas là puisque votre aventure est amorcée par un mystérieux message radio d’un colonel que tout le monde croyait disparu. Le joueur attentif se régalera des autres détails parsemés dans le jeu.
Spec Ops : The Line - 3 Spec Ops : The Line - 2
L’ambiance sonore et musicale entretient la comparaison et les hauts parleurs crachotent dans les bâtiments abandonnés une radio locale animée par une vielle connaissance. Les combats sont eux aussi intenses et le cadre détaillé des environnements plonge le joueur dans un univers certes de fin du monde mais toujours très crédible. En parlant de gros son et de réalisme, les grenades permettent de neutraliser les ennemis mais soulèvent dans le même temps du sable à chaque explosion. Le décor est donc un véritable acteur de ce périple et il suffira parfois d’une rafale bien placée pour faire s’effondrer tout un pan de mur. Le décor sera alors transformé tandis que le combat continuera à faire rage. Des combats intenses où chaque tir à la tête est gratifié d’un effet de slow motion très efficace. Spec Ops : The Line nous a donc totalement convaincu comme jeu d’action pur et dur. François Coulon le rappelle d’ailleurs en toute lucidité. « On ne pouvait pas se permettre de proposer un jeu avec une grande ambition narrative sans proposer avant tout un gameplay efficace ». Contrat rempli et largement.Les raisons de la colèreMais si le titre de 2K Games nous a autant séduit, c’est grâce à cette fameuse ambition narrative qui transporte le jeu au-delà du simple divertissement pop-corn. Avec ce titre, le TPS passe du cinéma efficace des années 90 à un exercice plus ambigu sur la mise en scène de la violence. Une mise en scène ultra soignée qui ne renie pas ses classiques comme on l’aura compris. L’ambiance du titre se construit dans la durée et l’accumulation de situations ambigües auxquelles vous allez être confronté. Vous devrez ainsi choisir ou non d’épargner un homme qui vous tient en joue après s’être débarrassé de son tortionnaire, puis vous devrez choisir entre sauver votre contact sur le terrain et tous les renseignements qu’il possède ou bien des otages civils. Cette scène est particulièrement déchirante et résume bien l’esprit du jeu puisque François Coulon parle d’un joueur qui aura « le choix entre le mauvais et le pire ». On est bien loin des dialogues interactifs de Mass Effect qui, trop souvent, nous permettent d’obtenir une chose sans avoir l’impression d’en sacrifier une autre (même si la dernière mission de Mass Effect 2 reste inoubliable dans son genre).
Spec Ops : The Line - 5 Spec Ops : The Line - 1
Spec Ops : The Line propose d’ailleurs une ambiance très variée et certains passages nous font parcourir des ruines constellées de bougies au sol ou bien des couloirs sombres où papillonnent des cendres à la simple lueur de notre lampe tactique. La scène finale de cette session nous imposait de raser un camp militaire et l’enchaînement des événements, ainsi que les réticences de vos équipiers, participaient beaucoup à ce sentiment de déchirement moral. L’arme nécessaire pour venir à bout des ennemis est un mortier chargé au phosphore blanc. Quelques minutes auparavant vous aviez pu constater avec effroi les résultats de cette arme qui brûle lentement toute matière. On croit naïvement que l’on peut jouer le héros aux grands principes mais il faut se résoudre devant le nombre d’ennemis à empoigner l’arme et à l’utiliser. Cette scène évoque une fois encore les images de CNN vantant une guerre propre mais rappelle aussi les passages en AC-130, véritables marque de fabrique de nombreux jeux de guerre. Toute la force du jeu est donc de mettre le joueur dans une situation de plus en plus inconfortable et, là où l’on voudrait que tout soit noir ou blanc, Spec Ops : The Line maintient le joueur dans une « zone grise » pour reprendre les termes de François Coulon. Un gris cendre qui hantera le joueur de longues minutes après avoir posé le pad. Une sensation trop rarement rencontrée et donc précieuse dans le jeu vidéo.

Spec Ops : The Line pourrait se résumer à un excellent TPS militaire qui multiplie les moments de bravoure mais il porte le joueur vers des territoires inconnus, alternant avec brio séquences de gunfights euphorisantes et cas de conscience de plus en plus pesants. Après avoir parcouru les cinq niveaux proposés, on pose son pad, exténué, les nerfs à vifs. Le jeu vidéo sait rarement procurer des émotions et le titre de Yager Studios excelle dans cet exercice de style. Avec Spec Ops : The Line, 2K Games possède toutes les armes pour élever le genre du TPS, comme Bioshock (un autre titre 2K Games) a su proposer une voie alternative au FPS en son temps. Certains jeux vidéos racontent une histoire, d’autres marquent l’histoire du jeu vidéo, dans son genre et à sa manière, Spec Ops : The Line est paré pour faire les deux.

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